PROTOCOLE GRAND STADE

INTERVENTION DU GROUPE DES ELUS VERTS LORS DU CONSEIL DU 17 NOVEMBRE

jeudi 19 novembre 2009


Monsieur le Maire, chers collègues, chers citoyens

La délibération proposée concernant la signature du protocole liant LMCU à la ville de Villeneuve d’Ascq, vous n’en serez pas étonnés, nous laisse plus que perplexe, tant dans son contenu, que dans ses modalités de mise en œuvre et en ce qui concerne les véritables engagements de LMCU.

Permettez-moi de rappeler le contexte et les conditions dans lesquels ce protocole d’accord a été élaboré. Il a été mis au point juste après les élections municipales, LMCU nous imposant sa volonté de voir se mettre en place ce projet sur le territoire villeneuvois. Ce protocole a été exclusivement le fruit de vos échanges, Monsieur le Maire, avec LMCU.

Certes, notre position concernant le grand stade était peut-être dissuasive pour vous inciter à le faire, mais jamais nous n’avons été associés à l’élaboration de ce protocole d’accord.. Dès lors, nous ne nous sentons nullement engagés à quel titre que ce soit, et cela, vous devez nous le reconnaître.

Pourtant, s’il nous paraît important que des mesures compensatoires puissent être proposées pour venir corriger les désagréments - pardon, les destructions - occasionnées par une construction de cette taille et aussi énergétivore, nous restons cependant persuadés que nous n’avons pas là un projet en cohérence avec le territoire, dimensionné à taille humaine, intégré correctement dans le tissu urbain et acceptable économiquement.

Ce projet de grand stade répond aux appétits de quelques-uns, mais certainement pas aux besoins criants de la population, surtout en cette période de crise économique et d’urgence climatique.

C’est tout le contraire que nous avons, c’est-à-dire un OVNI posé sur la Borne de l’Espoir avec lequel il faut s’adapter en le prenant en compte pour corriger notre façon d’imaginer l’aménagement du futur. Dans ce contexte, il est normal que LMCU s’oblige à des mesures compensatoires envers la population et pour la préservation de la biodiversité.

Or LMCU ne l’a pas fait naturellement. Elle l’a fait contrainte et forcée par le rapport de forces créé lors des élections municipales de 2008, et ceci par votre entremise, Monsieur le Maire, à qui nous reconnaissons la volonté de ne pas tout laisser faire et à n’importe quel prix. Mais de ce fait ce protocole devient une forme de monnaie d’échanges alors que dans le principe, nous aurions préféré une co-production avec les habitants. Il aurait du y avoir contractualisation des actions à réaliser à la suite du travail réalisé par les Conseils de Quartiers, et du résultat des enquêtes publiques.

Le retour des habitants et les enquêtes publiques ont montré nombre de corrections à apporter mais seuls les points mis en exergue par la commission d’enquête ont été spécifiés. Ils ne sont vraiment pas nombreux, ni à la hauteur des enjeux de demain. La frilosité demeure toujours la règle. L’incohérence des politiques est toujours d’actualité.

D’un côté LMCU se lance dans des actions volontaristes pour l’avenir de la population, de l’autre elle répond sans condition suffisante aux sirènes du capitalisme dominant.

Quid d’une vraie démocratie pour aménager le territoire !

Revenons au protocole :

Il n’engage que celles et ceux qui y croient. Si y sont employées de grandes phrases, celles-ci sont non mesurables, sans échéances temporels ni objectifs chiffrés hormis, c’est vrai la partie financière.

- C’est pourquoi nous contestons la manière d’introduire le sujet, qui ne nous convient nullement. L’accent est mis sur les supposés bénéfices que le projet serait susceptible d’apporter mais ne sont pas mises sur le même plan les nuisances dont il est certain que la population en sera l’unique victime. Nous déplorons que les efforts n’aient pas été concentrés sur le bien-être des populations avoisinantes et qu’il ait été fait en sorte de circonscrire les nuisances, sans que cela ne déborde sur les habitants.

- Nous contestons la priorité donnée à la problématique du stationnement. C’est le premier point abordé dans ce protocole, l’accessibilité venant après. Nous disons d’ores et déjà que les 11 000 places de parking prévues pour 50 000 spectateurs sont en nombre trop important. Cela représente 22% des fauteuils occupés au maximum du rendement de la boîte à spectacle, soit 1 spectateur sur 2 qui bénéficiera d’une place de stationnement dans la moyenne attendue, alors qu’il aurait mieux valu, pour changer les pratiques et les comportements réduire les places de stationnement de manière cohérente, en phase avec le Grenelle de l’environnement et le sommet de Copenhague. Ainsi, si des places de parkings devaient être créées il aurait fallu le faire pour alimenter les stations de métro, et particulièrement les 4 cantons, dans le souci des déplacements quotidiens, et non uniquement pour la déserte du grand stade. Le projet doit s’insérer dans l’existant et non engendrer un appel de la locomotion motorisée. La fluidité recherchée par LMCU est surtout pour garantir l’accès dans les délais à la boite à spectacles et non pour les besoins de déplacement du salarié, du collégien, du lycéen, de l’étudiant, de la famille, riverain ou non de cet ovni.

Pour nous il est tout à fait important de repenser et de mettre les moyens pour que les riverains villeneuvois, lezennois ne soient pas pénalisés.

A ce jour la seule réponse apportée est le surdimensionnement de la voirie et des parkings, faisant la part belle à la voiture, en délaissant la prise en compte de la présence du piéton et du cycliste. Nous aurions préféré qu’à la place, ces espaces soient pensés pour faciliter le quotidien, en accélérant le développement des transports en commun de manière à rendre le territoire plus praticable sans voiture. Le territoire concerné prend en compte les communes rurales également. Pour nous, ce protocole fait trop de place à la problématique du déplacement voiture même s’il ne s’agit pas pour nous de l’évacuer ni de la nier.

- De la même manière, nous contestons la présentation de la stratégie urbaine qui laisse la place centrale au grand stade. Cela devient agaçant car après avoir laissé l’aménagement de la zone commerciale se faire sans grande maitrise urbanistique pour la ville de demain, LMCU nous pose cet ovni sur la Borne de l’Espoir et décide d’en faire un objet structurant pour notre ville sans nous demander de quoi nous, élus et habitants villeneuvois, aurions rêvé pour notre ville. Même si des aménageurs sont nécessaires pour proposer des solutions globales il aurait été souhaitable que nous soyons souverains de l’avenir de notre ville. Subitement la zone du Heron-Park et du projet grand stade deviennent des éléments structurants par défaut alors qu’il s’agit pour la grande majorité des habitants, d’éléments indésirables. On pose des boîtes et on recherche après coup la cohérence à y mettre, une nouvelle fois !

Dans le protocole on trouve des affirmations telles que " la zone d’influence du Grand Stade, qui deviendra une nouvelle « Adresse » tirera au mieux parti de la proximité du stade et de son attractivité". Là, mise à part le consortium Eiffage et quelques grosses entreprises qui loueront des loges, on a du mal à comprendre les retombées tout comme "le vecteur de renouvellement urbain", "future stratégie urbaine" ….ne laisse pas rêver quant à l’amélioration des conditions de vie des populations riveraines. LMCU semble préférer l’habillage marketing mais nous restons très sceptiques quant à ces affirmations un peu rapides et gratuites qui relèvent d’un bel emballage marketing, au travers d’’un document quadrichromie et sur papier glacé.

- Nous apportons tout autant des réserves sur la partie financière car trop d’aléas sont présents. Si le partage du gâteau de la taxe foncière semble pérenne pour nos villes (Vdascq et Lezennes), en ce qui concerne la taxe sur les spectacles, celle-ci risque de fondre comme neige au soleil, non pas du fait de l’accélération du changement climatique du fait de ce projet d’équipement énergétivore, mais parce que l’Etat prévoit le démontage de ce type de taxe. Donc quelques mois après la préparation de ce protocole, les retombées fiscales ne seront pas du niveau prévu. Malgré tout, nous proposons que ces sommes soient fléchées comme devant permettre de développer les services proposés à la population, de contribuer à la mise en œuvre d’aménagement pour développer les corridors biologiques, les aménagements favorisant les déplacements doux etc…

Nous craignons pour l’avenir que ce protocole ne devienne un miroir aux alouettes car demain les recettes de LMCU diminueront avec la disparition de la taxe professionnelle (et c’est l’objet d’une motion présentée ce soir), l’accroissement des charges liés au PPP, la prolongation de la crise etc… amenant la mise en œuvre d’une taxe communautaire venant peser sur l’ensemble des contribuables que nous sommes d’ailleurs, sur la diminution des investissements communautaires sur nos territoires, venant par jeux d’effets, annuler le bénéfice des recettes de la taxe foncière amenée par le projet.

C’est pour tout cela, et vous l’aurez compris, que notre groupe politique votera contre ce protocole

Je vous remercie pour votre attention