Feuille Qui Parle Numéro 1 — Juin 2003

Où en est-on avec l’OMC ?

jeudi 25 décembre 2003, par anne


Le projet néo-libéral de l’Organisation Mondiale du Commerce s’impose à nous de façon de plus en plus tangible. Depuis le début de l’année 2000 des négociations internationales ont cours à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Il s’agit de mettre en place l’Accord Général sur le Commerce des services (AGCS). ’est-à-dire, ni plus ni moins que d’ouvrir à la libéralisation complète des échanges nos services publics : poste, énergie, éducation, santé, environnement... Pourquoi cela serait mal ? Demandez donc à un américain combien lui coûte l’éducation et la santé de ses enfants, demandez donc à un australien comment il compte financer sa retraite maintenant que le fond de pension certifié par le gouvernement dans lequel il avait mis tout son argent s’effondre à la Bourse ? Voilà donc ce qui pourrait être le fond de la frénésie de réforme que nous voyons en ce moment : retraites, décentralisation, éducation, ... Quant à la manière de nous imposer ce projet ultra-libéral, voici un extrait d’un article du Cahier de Politique Economique numéro 13, daté de 1996. Il s’agit d’une revue du Centre de Développement de l’OCDE. Il théorise les actions gouvernementales à mener pour faire passer discrètement une telle politique.

"(...)Après cette description des mesures risquées, on peut, à l’inverse, recommander de nombreuses mesures qui ne créent aucune difficulté politique. Pour réduire le déficit budgétaire, une réduction très importante des investissements publics ou une diminution des dépenses de fonctionnement ne comportent pas de risque politique. Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population. L’intérêt politique de ces mesures ne signifie pas qu’elles sont les plus rationnelles ou les plus justes. La chute des investissements publics aura à terme un impact négatif sur la croissance. De plus, si cette mesure touche des régions rurales pauvres, elle freine la réduction des inégalités de revenus. (...)"

Nous ne sommes plus dans une période de théorie. Nous en sommes bien à une période d’application du projet. Les exemples sont nombreux autour de nous, dans le domaine de la santé (restriction de l’application de la Couverture Maladie Universelle, réduction de l’Allocation Personnalisée d’Autonomie), des retraites (opposition salariés du public et salariés du privé). Arrêtons-nous plus précisément sur le domaine de l’éducation. Des classes ferment ça et là (école Bossuet, collège Rimbaud), la maternelle est remise en cause (d’abord pour l’accueil des enfants de deux ans, puis sur la présence d’enseignants l’après-midi, à terme sur l’ensemble de cette spécificité française, reconnue et encensée par tous, qu’est la maternelle !), les conseillers d’orientation-psychologues et les médecins scolaires sont éloignés des établissements, et des menaces pèsent sur l’université, avec la réalisation du programme Licence-Master-Doctorat et le projet de loi sur l’autonomie des universités. Nous sommes bien dans un mouvement de mise en place du projet de mondialisation libérale. Même si sa réalisation avance par petite touche, frappant tel secteur, puis telle activité, il nous concerne tous ! Alors, soutenons les manifestants contre la réforme des retraites, contre la décentralisation et, plus généralement, contre le démantèlement de nos services publics !

Anne Parrain

Documents joints

  • Il s’agit du texte complet dont est extrait un passage dans l’article ci-contre. Vous pouvez également le récupérer à partir du site officiel de l’OCDE en suivant le lien dans l’article.