Feuille Qui Parle Numéro 2 — Décembre 2003 / Janvier 2004

Le point de vue d’un militant associatif

Pierre-Jocelyn Huyghe est responsable de l’APRAPHE-Centre Régional de Sauvegarde de la Faune Sauvage

jeudi 25 décembre 2003, par anne

APRAPHE : Association de PRotection et d’Aménagement du Parc du Héron et de la Vallée de la Marque, dont le siège social est à la Ferme du Héron. L’APRAPHE organise de nombreuses sorties de découverte du Parc du Héron, et plus largement de l’ensemble du bassin de la Marque. Ces sorties sont à destination des enfants et des adultes. Elle participe aussi à l’aménagement de ce site.


"Proposition pour une Réserve Naturelle Volontaire Agréée - Août 1990"

Il y a déjà 13 ans qu’un dossier, constitué par une association naturaliste villeneuvoise, a vu le jour pour proposer la protection de la partie est du lac du Héron. Cet espace de 36 hectares est un plan d’eau totalement artificiel mais qui, suite à l’arrêt de l’expansion urbaine, a su prouver son intérêt faunistique et floristique.

Le seul intérêt ornithologique du site pouvait justifier son classement en réserve naturelle. La préoccupation de l’association était de préserver la richesse naturelle de la partie orientale du site et lui permettre de s’épanouir totalement. La municipalité de l’époque a permis de concrétiser quelques années plus tard ce rêve de maintenir et développer une zone naturelle, à proximité d’une agglomération densément peuplée dont les espaces naturels sont perpétuellement menacés (zones humides notamment). Lors de sa création officielle, il y a un peu plus de six ans, tous les espoirs étaient permis de concrétiser enfin l’idée "de ne pas protéger la Nature contre le public mais la protéger avec le public". Formidable outil pédagogique à la portée du plus grand nombre, enrichissement biologique du site, contribution au maintien du patrimoine naturel en préservant des zones agricoles tampons etc... bref beaucoup d’espoirs mais beaucoup de déceptions également quant à la gestion du site où beaucoup de compromis seront faits, des moyens non négligeables mis en oeuvre mais sans une réelle efficacité.

A force de vouloir contenter tout le monde, le gestionnaire s’enferme dans ses priorités qui viennent en contradiction avec l’objectif premier de la réserve et disparaît rapidement la concertation avec les partenaires associatifs à l’origine du projet.

Aujourd’hui, un espoir renaît grâce à la "reprise en main" du territoire par l’Espace Naturel Métropolitain. Cette entité à l’échelle de la Métropole a pour priorité la gestion d’un espace naturel qui mérite qu’on s’occupe de lui, avec une réelle volonté et une réelle intelligence, et en mettant au coeur de l’action la concertation, l’éducation et la préservation du milieu naturel. Ce patrimoine collectif vaut la peine d’être reconnu et d’être mieux préservé avec la parfaite complicité du public, du citoyen conscient et responsable de la préservation de son environnement.

L’ENM se doit de ne pas décevoir dans son action les citoyens métropolitains, en la développant sur le tissu associatif existant (attention à ne pas l’utiliser puis le jeter une fois le citron pressé !), et en étroite collaboration avec les entités environnementales des différentes collectivités que sont la ville, le département et la région. Tout cela doit représenter un ensemble homogène afin de ne pas gaspiller deniers publics et énergie.

Pierre-Jocelyn Huyghe