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Le chemin du Marais, au delà de VdAscq, un enjeu métropolitain et régional

la Trame verte et Bleue de la Région Nord Pas de Calais

1er 2007

Hasard du calendrier, prémonitoire pour notre action ! l’intervention d’Emmanuel Cau lors de la pléniere du 29 mars 2007, concernant la Trame Verte et Bleue de la Région Nord Pas de Calais


Voir en ligne : http://www.lesvertsvda.org/ecrire/a...

Hasard du calendrier, prémonitoire pour notre action

Le jour où le collectif pour la défense du chemin du marais a proposé un point presse sur le terrain (La Voix du Nord et NEclair avait répondu présent, voir les articles parus le 30 avril 2007), se tenait une séance plénière du Conseil régional Nord/Pas-de-Calais concernant la Trame Verte et Bleue (TVB), à laquelle les Verts de la Région sont très attachés. Un autre point était le vote positif (à l’unanimité) pour la prise de compétence de la Région sur les Réserves Naturelles Régionales (RNR), ce dont les élus Verts se félicitent.

Quel rapport avec le petit bout de chemin rural ou communal ?

Tout simplement, ce chemin dont l’aliénation est proposé par le Maire de Villeneuve d’Ascq afin de permettre le lotissement futur de 3 hectares, va à l’encontre d’une politique voulue par la Région pour préserver durablement les richesses naturelles et la qualité de notre environnement. Cela passe bien par l’arrêt du grignotage de zones naturelles et favoriser la bio diversité . Les hectares promis à la disparition sont vitaux pour la zone et le maintien de la bio-diversité. La sanctuaristion de tels lieux s’impose face aux menaces récurrentes sur un secteur où la pression foncière est forte. La confiscation de ce secteur pour l’intérêt de quelques uns est inadmissible.

Le projet ne respecte en rien la cohérence des décisions métropolitaines et régionales concernant ce site du Héron (parc de la Marque, Réserve Naturelle Volontaire Agréée devenue récemment Réserve Régionale pour laquelle la zone tampon, où veut se developper le projet d’urbanisation, est vitale).

Les deniers publics dépensés pour restaurer des espaces vitaux pour notre avenir ne doivent pas être gaspillés. Les projets décidés dans ce domaine, par la Région ou la Métropole ne doivent pas être remis en cause à chaque fois qu’un projet particulier surgit ou ressurgit, car nous prenons chaque jour du retard pour préserver ces espaces sensibles. Il faut pérenniser ses projets.

Il s’agit bien d’un enjeu collectif, qui profitera à tout le monde (cadre de vie amélioré, accès à des espaces naturels au coeur de la métropole, reconstitution d’espaces propices à la sauvegarde d’espèces floristiques et faunistiques). Un symbole pour le site : la chouette chevêche avec trois couples, dont l’espèce est déclarée menacée au niveau européen.

Dans ce dossier, l’absence de transparence de la part du maire, aussi bien pour son exécutif que pour la population, aurait permis de condamner une nouvelle zone à tout jamais, car on ne revient jamais sur ce que l’on appelle aisèment, une erreur ou une bavure pour justifier l’injustifiable.

Pour éclairage, renforçant notre position, l’intervention, au nom du groupe, d’Emmanuel Cau sur la Trame Verte et Bleue, politique régionale portée par le groupe Vert de la Région :

Intervention d’Emmanuel Cau lors de la Plénière du 29/3/2007

"30 ans de prise de conscience, de lois, directives et décrets. 30 ans de zonages en tous genres : RNR, PNR, ZNIEFF, ZICO, ZPS, ENS, etc. Mais aujourd’hui les zones humides ont-elles repris une partie du terrain perdu ? Non

L’érosion de la biodiversité a-t-elle cessé ? Non C’est au tour de la nature ordinaire d’être en régression. Les effectifs de l’hirondelle sont en net déclin de 20 à 50%

Jusqu’à 95% de diminution des moineaux domestiques en Grande-Bretagne ces 15 dernières années, et la France suit la même trajectoire avec qq années de décalage.

La société a-t-elle suffisamment conscience de la crise ? Non Les études d’opinion montrent la préoccupation des gens vis à vis du changement climatique et des thématiques énergie et transport, pas de la biodiversité. On prend conscience du climat qui fout le camp et qui tue, on prend conscience du prix de l’essence qui assèche certains porte-monnaie, des poubelles qui débordent... Mais l’incommensurable apport de la biodiversité ? Je passe sur l’évidence vitale et économique largement exposée hier pour insister sur la respiration dont elle est porteuse dans une société de plus en plus technicisée, bureaucratisée, chronométrée.

Qui n’aime pas la nature ? Qui les papillons ? Qui les oiseaux ? Les arbres, les fleurs ?

Qui n’aime pas une sieste à l’ombre d’un arbre ? Photographier un paysage ?

Pourtant tout cela est régulièrement, systématiquement sacrifié.

Pour de l’argent vite fait ou pour une réponse à court terme, vite ficelée le temps d’un mandat.

On a toujours une bonne raison pour sacrifier cette nature. Un anneau ferroviaire ? Bon ça m’enchante pas de le mettre dans une forêt, mais s’il le faut, pour l’emploi... Tu sais on a le taux de chômage le plus élevé de la Région. C’est le type de discours qu’on a entendu pendant des années autour de Métaleurop. Et au final ? Les salariés ont perdu leur emploi, leur environnement et leur santé ! Leur vie !

Car il s’agit de la vie. La valeur de la biodiversité, c’est la vie, celle de l’espèce Humaine qui ne peut survivre sans cette richesse. Et nous sommes maintenant au pied du mur Si nous avons toutes les solutions à portée de main pour résoudre la crise énergétique et enrayer les changements climatiques, si nous avons toutes les solutions pour empêcher l’étalement urbain, nous n’avons strictement aucune solution face à l’extinction des espèces. Une espèce éteinte ne revient jamais, c’est définitif, irréversible.

Notre seule arme : la volonté et le courage.

La volonté et le courage de faire de la préservation de la biodiversité une politique sans conditions. Sans condition de rentabilité immédiate. Une politique à part entière.

La lutte contre l’effet de serre si elle contribue à enrayer le bouleversement du vivant, elle n’est pas une politique propre à la préservation de la diversité biologique, à empêcher la fragmentation du sauvage. De même, la politique agricole doit contribuer, comme nos orientations économiques et l’aménagement du territoire. Mais ce n’est pas suffisant. La mobilisation doit être générale. Même les PNR doivent se remobiliser. Le développement de produits fromagers, par exemple, ou touristiques, doit se faire en soutien à une politique environnementale, pas l’inverse. La biodiversité doit être le cœur et les poumons de ces territoires particuliers.

L’irréversibilité de la disparition de centaines d’espèces chaque année nécessite une mobilisation sans concession

Aujourd’hui la Région se dote de la TVB, véritable infrastructure naturelle destinée à rattraper, à relier, réparer, reconstruire et défragmenter

Mais avec un budget des plus contraints et des volontés vacillantes : l’Etat ne proposait que 2 millions sur 7 ans dans le CPER ! C’est une insulte au cœur et à la raison.

Il va falloir faire avec, pour commencer. Mais ce ne sera pas suffisant à terme : il faudra augmenter le budget de l’environnement, et les autres politiques devront passer à l’acte, ou, de l’expérimentation à la généralisation pour certaines. Il va falloir faire avec l’ensemble des collectivités et des usagers, et se fixer des priorités écologiques, ne pas se laisser aller aux opportunités administratives ou politiciennes. Convaincre un territoire réticent de s’engager et s’engager à l’accompagner parce que son territoire est indispensable à la reconquête de notre région, et ne pas tomber dans la facilité du premier arrivé, premier servi.

On a un schéma, une stratégie, des outils et une mise de départ. Il nous faut maintenant du courage et de la volonté. D’abord parce que plus un seul hectare d’espace naturel ne doit disparaître. J’ai encore aux oreilles des discours compensatoires sur la forêt de Mormal. Comment remplacer des arbres centenaires sinon en patientant un siècle. Un siècle ! La cigogne noire, dont la Région pourrait s’enorgueillir d’être un des 9 sites de reproduction en France, ne nidifie que sur de tels grands arbres. Comment pourrions-nous compenser ? Du courage et de la volonté encore pour reconquérir, replanter nos forêts sacrifiées et ce quelque soient les difficultés politiques et administratives de foncier. Tous ensemble nous devons pouvoir exiger que le Nord-Pas-de-Calais, qui a subit des décennies d’exploitation, récupère son cadre de bien-être, de vie. C’est un dû. On nous le doit, on se le doit ! Du courage et de la volonté toujours pour ré-ensauvager notre région. Pour replanter, réhumidifier mais aussi pour réintroduire. Jusqu’à aujourd’hui nous savons compter ce qui disparaît, aujourd’hui il faut pouvoir compter ce qui réapparaît, naturellement ou avec un coup de pattes. Le castor et la loutre doivent pouvoir être réintroduits, la cigogne noire doit coloniser l’Avesnois, le lucane doit voler à nouveau et le cirse anglais fleurir dans les marais de la Scarpe et de l’Escaut.

Du courage et de la volonté car la protection de l’environnement ce n’est pas l’exclusive protection des usages de la nature. La nature n’est pas seulement faite de planches, de carburant ou de gibier. Elle est au cœur de notre humanité, de notre histoire et de notre imaginaire, de notre création et de nos gènes. Nous savons désormais que la petite planète est plus qu’un habitat. Edgar Morin évoque notre matrie et plus encore, notre Terre-patrie. Certes, nous pourrons peut-être, si nous vivons assez longtemps, partir, voyager, coloniser d’autres mondes. Mais c’est ici, chez nous, qu’il y a nos plantes, nos animaux, nos morts, nos vies. Certains pourraient s’interroger sur la couleur de notre drapeau. Le nôtre est aux couleurs de la Planète.